• Hors de portée

     

    Auteur : Georgia Caldera
    Éditeur : J'ai lu
    Année de parution : 2014
    Format : semi-poche
    Genre/thématiques : romance, érotique
    Nombre de pages : 480

    Sa spécialité? Fuir toute relation. Et on peut dire que Scarlett est docteur ès "disparition au petit matin". Inutile de lui parler de relation sérieuse, confiance et stabilité, elle en est incapable. Si investissement il y a, c'est dans la société de décoration d'intérieur qu'elle vient de créer avec sa cousine, ancienne mannequin déjantée, et qui lui prend le plus clair de son temps. Pourtant, face à son nouveau client, le très entêté et séduisant M.Mufle-Connard, plus connu sous le nom d'Aidan Stern, le savoir de Scarlett ne lui sera d'aucun secours. Mais parviendra-t-il vraiment à guérir les blessures du passé?

     Difficile à satisfaire en matière de romance, je me suis pourtant lancée dans cette lecture, l'écriture de Georgia Caldera m'ayant déjà convaincue dans Les Larmes rouges.

    Nous faisons la connaissance de Scarlett, jeune femme aux formes gracieuses approchant la trentaine. Elle habite Paris depuis peu, dans la maison de sa mère récemment décédée. En ce début de roman, c'est un personnage plutôt agréable à suivre : indépendante, ambitieuse, légèrement complexée sans en être obsédée. Face à elle, Aidan, alias LE stéréotype du mâle de romance : beau, riche, sûr de lui, autoritaire, protecteur (personnellement, j'aurais plutôt dit possessif) et qui est profondément meurtri par des événements passés. Vous l'aurez compris, ce type d'hommes est loin de me faire fantasmer et je trouve que les histoires construites avec sont toutes répétitives.

    La première partie du roman comportant la rencontre et la phase de séduction reprend un grand nombre de codes de la romance traditionnelle à quelques exceptions près. Par exemple, le jeune homme connaît déjà la demoiselle et c'est lui qui provoque délibérément la première rencontre (et bien sûr, celles qui suivront). La magie opère, la tension monte grâce au langage sensuel de Georgia Caldera qui s'amuse à repousser plusieurs fois le moment fatidique du premier baiser.

    Les lectrices gourmandes trouveront leur compte en matière de scènes de sexe. Elles sont relativement nombreuses, diversifiées et très bien écrites. J'avoue avoir moi aussi été victime de quelques bouffées de chaleur.

    Malheureusement, la suite de l'histoire m'a peu à  peu déçue à cause de la tournure mélodramatique que prennent les événements et le romantisme trop exagéré dans plusieurs scènes. Disputes et réconciliations sous la couette à outrance, révélations des multiples traumatismes des personnages... Ceux à qui ça plaît seront plus que comblés; de mon côté, cela m'a vite lassée.

    En somme, ce livre ne sort pas des sentiers battus de la romance. Une histoire classique aux scènes érotiques pourtant sublimées par la plume de l'auteure.

     

    Note :

     

           Les sourcils d'Aidan s'incurvèrent et un sillon douloureux, que Scarlett aurait aimé pouvoir immédiatement effacer, apparut entre eux.
           - Je refuse d'entendre de pareilles absurdités! s'exclama-t-il en plaçant son autre main de l'autre côté de la figure de Scarlett, l'emprisonnant tout à fait. Non! Si tu dois sortir avec quelqu'un dans cette boîte, c'est moi, un point c'est tout!
           Presque brutalement, il se plaqua contre elle, si puissamment qu'elle en eut le souffle coupé... tandis que celui d'Aidan s'affolait déraisonnablement.
           - Ne me rejette pas, je t'en prie, murmura-t-il en observant sa bouche avec une convoitise flagrante. J'ai commis plusieurs erreurs samedi, je le reconnais. J'ai voulu aller trop vite et je me suis éloigné de ce qui était prévu. Je n'aurais pas dû. Mais c'est ta faute. Mais c'est de ta faute... C'est toi qui m'a fait oublier tous les vautours qui rôdaient autour de nous... et c'est toi qui m'a posé toutes ces questions. Mais je saurai être indulgent moi aussi, et patient, si c'est ce dont tu as besoin.
           La jambe impérieuse qu'il avait glissée entre les siennes, ainsi qu'une certaine partie de son corps, plus rigide encore que le reste, qu'elle sentait pressée contre son ventre, clamaient l'exact inverse.
           - Ça n'est pas l'impression que tu donnes, bégaya-t-elle, incapable de le repousser.
           Scarlett tremblait des pieds à la tête, fébrile -effrayée ou bien émoustillée, elle n'en savait rien- à l'idée de ce qu'il allait advenir d'elle dans les prochaines secondes.
           - C'est parce-que ce baiser-ci m'est dû et que je n'en peux plus de l'attendre, susurra-t-il en s'inclinant vers elle.


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  • Aphrodite et vieilles dentelles

     

    Auteur : K. Brunk Holmqvist
    Éditeur : J'ai lu
    Format : poche
    Année de parution : 2017 (2016 en GF)
    Genre/thématiques : humour, histoires familiales
    Nombre de pages : 288

    Tilda et Elida Svensson, 79 et 72 ans, célibataires, mènent une vie à la routine paisible. Elles font des confitures, vont à l'église et se couchent chaque soir exactement à la même heure. Pas de commodités à l'intérieur de leur maison vétuste : les toilettes sont au fond du jardin, l'eau est à tirer au puits. Tout change à l'arrivée d'un nouveau voisin, Alvar Klemens, ou plutôt de son chat : le félin est pris de frénésie sexuelle en mangeant une des plantes d'Alvar, que celui-ci entretient avec un engrais curieux. Et si elles tenaient avec ce produit l'occasion de s'offrir enfin des W.C. dignes de ce nom ? La révolution est décidée : les deux dames montent un business clandestin d'élixir aphrodisiaque...

    A priori, en lisant le résumé du livre, on pense tomber sur une histoire bourrée d'humour et complètement décalée. Pour ma part, j'ai peu ri durant ma lecture mais l'histoire de ces deux sœurs m'a profondément touchée.
    Ayant vécu toute leur vie ensemble et résidant toujours dans la maison de leur enfance, le temps s'est comme figé pour elles, et elles vivent à plus de 70 ans comme elles le faisaient à 10. Les vieux bibelots envahissent les placards, la chambre de leurs défunts parents est restée telle quelle, elles portent toujours leurs vieux vêtements et elles ont même conservé leur trousseau de mariage alors qu'elles sont, en fin de compte, toujours restées célibataires. Pour finir, comme toutes "petites vieilles" qui se respectent, elles ont un emploi du temps routinier et réglé comme du papier à musique. La façon dont l'auteur raconte tout cela est très émouvant, presque triste, même si les sœurs semblent se complaire dans cette vie.
    L'arrivée de leur nouveau voisin va faire l'effet d'une bombe! Elles vont avoir envie de changement : sortir, s'acheter de nouveau vêtements, changer certaines habitudes et... boire! Elles qui n'en avaient pas l'habitude, elles vont être invitées à de multiples soirées festives chez le voisin et en rentrer dans des états jovials. Cette rencontre leur donne une seconde jeunesse; on ignore exactement pourquoi car Alvar n'est plus très jeune non plus et il n'y a pas la moindre envie de séduction chez l'une ou l'autre des deux sœurs; mais peu importe : elles revivent et tous leurs nouveaux petits plaisirs sont un ravissement pour le lecteur.
    On met vite l'histoire du jeune frère aigri, impuissant, goinfre et macho au second plan. Les vedettes du livre sont indéniablement Tilda et Elida. Leurs chamailleries, leurs plans, leurs commérages, leur complicité sont parfaitement retranscrits et laisser rêver les lecteurs membres d'une fratrie à des liens familiaux aussi forts dans le futur. En lisant les petites habitudes de Tilda et Elida, j'avais l'impression de revoir des scènes entre ma grand-mère et sa sœur.

    Ceux qui espèrent y trouver quelques situations cocasses y trouveront quand même leur compte, mais je retiendrai surtout de ce roman que c'est une comédie bienveillante et qui donne le sourire.

     

    Note

           - Il a belle allure, notre nouveau voisin, commenta Elida tandis qu'elles trempaient leurs biscottes dans leur café du soir.
           - Tu crois qu'il est célibataire? s'ensuit Tilda. Après tout, nous n'avons vu personne d'autre.
           - Ils vont arriver après, répondit Elida. C'est toujours comme ça avec les femmes de la ville. Oui, quand les meubles sont en place et que le terrain a été nettoyé.
           - Il a l'air d'un homme marié, convint Tilda en aspirant la biscotte de café entre ses gencives dénudées.
         En effet, leurs dents atterrissaient dans le verre à 20h15, lorsqu'elles faisaient leurs préparatifs de coucher. Elles estimaient toutes les deux que sucer les biscottes ramollies par le café était délicieux et procurait d'agréables titillations.
         En réalité, elles n'appréciaient guère leurs dentiers, mais elles aimaient en disposer pour manger leur steak du dimanche. Et puis, elles s'accordaient à dire que c'eût été de jeter de l'argent par les fenêtres que de les laisser dans le verre le reste de la semaine. Aussi les portaient-elles avec abnégation - sauf pour le café du soir. Là, elles éprouvaient un plaisir presque coupable, oui, presque comme si elles se trouvaient dévêtues, et il arrivait que Tilda lance un regard furtif vers le verre posé sur le fourneau.


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  • Les lionnes de Venise, tome 1

    Auteur : Mireille Calmel
    Éditeur : XO
    Année de parution : 2017
    Format : ebook
    Genre : historique
    Nombre de pages (en édition papier) : 346

    Lucia, jeune et espiègle Vénitienne, se retrouve au milieu des flammes qui dévastent la modeste imprimerie familiale. Sous ses yeux, son père est enlevé par trois hommes armés. Qui donc se cache derrière ce crime ? La veille, la magnifique Isabella Rosselli, la plus rouée des espionnes de la cité des Doges, est venue faire reproduire une étrange gravure. Lucia est décidée à percer cette énigme et à sauver son père. Dans une quête effrénée, elle s'immisce parmi les puissants, se mêle au bal des faux-semblants du carnaval, s'enfonce dans les arrière-cours des palais. Une Venise fascinante, oppressante, où le pouvoir se confond avec l'amour, où les étreintes succèdent aux duels et les baisers aux complots. Dans ces bas-fonds de la cité lacustre, amis et ennemis avancent masqués. Lucia joue de ses charmes, de son épée, de son poignard aussi qu'elle porte au mollet. Elle ruse, croise le fer avec Giorgio Cornaro, le fils du doge, homme corrompu et dangereux, prête à tout pour découvrir la vérité sur cette gravure dont tous, à Venise, sont convaincus qu'elle recèle le secret du pouvoir absolu.

    Je n'avais pas lu d'ouvrages de Mireille Calmel depuis "Le bal des Louves" et "Le lit d'Aliénor" il n'y a pas loin de dix ans. La sortie de cette nouvelle saga était un bon prétexte pour s'y remettre.
    L'aventure se déroule en Italie, pays dont je connais très peu de choses tant sur le plan géographique qu'historique (exception faite des Borgia et des Médicis). Il y a peu de descriptions et pourtant on parvient à se représenter le décor : les canaux, les berges, les bâtiments, etc. On sent qu'un travail de recherche très approfondi a été fait concernant la vie des Italiens, les objets du quotidien, les armes, les techniques des artisans, etc.

    L'aventure de Lucia commence dès les premières pages et n'aura aucun temps mort. Un climat de suspicion s'installe vite, Lucia se faisant assez rapidement bernée, autant que le lecteur. A qui faire confiance? De qui se méfier? Mireille Calmel se plait dans les aventures emplies de pactes et de trahisons, et cela se sent. J'aurais malgré tout aimé qu'elle s'attarde d'avantage sur les motivations de chacun car je me suis retrouvée plusieurs fois perdue. Il y a une foule de personnages et comprendre qui s'est allié avec qui et pourquoi est souvent compliqué. 
    Le personnage de Lucia me pose de gros soucis; sa transformation instantanée de simple fille d'imprimeur à courtisane en quelques jours seulement est peu crédible, ainsi que ses prouesses à l'épée (je ne suis pas sûre que la détermination suffise à décupler ses talents à ce point-là et en si peu de temps). De plus, malgré la mort qui frappe et les malheurs qui l'assaillent, elle reste égale, presque détachée. Cependant, son compagnon de voyage (dont je tairai le nom pour ne pas spoiler) a le profil type du sauveur courageux et charismatique, et j'avoue ne pas y être restée indifférente... Enfin, j'ai refermé le livre en me posant beaucoup de questions sur Isabella que j'aurais aimé voir d'avantage en action.
    Pour un roman "de capes et d'épées", j'ai trouvé les scènes de duels très courtes et pas très attractives. Les coups fourrés dans lesquels se mettent les héros sont également trop facilement résolus à mon goût. De manière générale, tout va beaucoup trop vite dans cette histoire. Le point fort des textes de Mireille Calmel reste définitivement les scènes de séduction, malheureusement peu présentes dans cette saga.
    Je ressors de cette lecture un peu mitigée. J'en attendais peut-être trop...

     

    Note

     

           Quatre jours. Giorgio Cornaro lui avait donné quatre jours pour devenir une autre. Mais c'était cette femme privée de regard qui avait finalement transformé Lucia.[...]
           - Je n'échouerai pas, lui avait assuré Lucia.
           Elle avait pourtant été incapable de dormir, hantée par ces orbites creuses, cette maigreur squelettique. Et soudain, le visage de son père s'y était superposé. Elle s'était redressée sur sa couche infâme, le souffle court. [...]
           Elle avait découvert la morsure de la torture sous le fouet de l'abbesse, en avait mesuré l'horreur devant l'agression qui avait amené cette nonne à la cécité.
           Mais pour la première fois, alors que la mi-nuit de ce 25 octobre n'avait pas tourné, il lui sembla ressentir en sa propre chair la brûlure d'un fer rougi à blanc, la tenaille d'une pince, la déchirure d'un écarteur.
           Papa...
           Cette peur, ce sentiment omniprésent d'urgence, que Giorgio l'avait contrainte à dompter, la submergea tant qu'elle se jeta contre la porte, secoua la serrure, appela. En vain. Elle se laissa couler derrière, glacée comme au jour de son arrivée. Jusqu'à ce qu'une lucidité implacable s'empare d'elle.

           Elle redevint celle qui, pour survivre un an plus tôt, avait percé le cœur d'un voleur dans une des ruelles proches du campo. La seule capable de délivrer son père avant qu'il ne succombe sous le joug d'un bourreau.

           Le petit jour la trouva plus résolue encore.
           Si bien qu'une fois l'office de none achevé, Lelio Andreini se planta devant elle, les mains jointes et le visage enguirlandé.
           - Je n'aurais jamais cru pouvoir le dire. Vous êtes prête, Lucia.


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  • Passé simple

     

    Auteur : Olivier Descosse
    Éditeur : Pygmalion
    Année de parution : 2017
    Format : broché
    Genre/thématiques : séparation, reconstruction
    Nombre de pages : 275

                        "Je lis.
                        Mon cerveau n'imprime rien.
                        Je te quitte.
                        C'est tout ce que je comprends."

     

    Après la culpabilité, le vide abyssal de la séparation.
    Comment se reconstruire? Comment tourner la page quand s'entremêlent douleur, colère et espoir de la voir revenir?
    Pour envisager un avenir, Vincent devra creuser son passé. La vérité s'y cache, enfouis sous les décombres de ses dénis.

    Merci à Babelio et aux éditions Pygmalion pour m'avoir envoyé cet ouvrage dans le cadre de la Masse Critique.

    Vincent est un psychothérapeute de quarante ans qui vient d'être quitté brutalement par la femme qui partageait sa vie depuis plus de deux ans : Marianne. En parallèle des conséquences de cette rupture, le narrateur nous raconte également sa rupture précédente : c'était avec Virginie, la mère de sa fille. Les deux femmes sont différentes, les sentiments sont différents, la police d'écriture est différente. Ces deux événements de la vie de Vincent n'ont clairement rien à voir. On n'est jamais perdu dans ces sauts dans le temps répétitifs car la narration est claire et maîtrisée. Vincent ne les aborde pas du tout de la même façon.
    La peine de Vincent suite au départ de Marianne ne fait aucun doute. On réalise grâce aux flash-back que le début de leur idylle a été aussi rapide que passionnel. En tant que psychothérapeute, Vincent tient absolument à mettre des mots sur sa douleur; il cherche où il a fauté, pourquoi cette rupture le mine tant et comment se relever.

    Ce que j'ai aimé dans cette lecture, c'est qu'il prouve que ce sont les cordonniers les plus mal chaussés : ce n'est pas parce qu'on est un professionnel de la psychologie qu'on échappe aux émotions négatives et qu'on comprend tout ce qu'il se passe dans notre vie. Avec Virginie, c'était lui le dominant du couple : il n'avait aucun sentiment pour elle. Dans sa relation avec Marianne, c'est clairement elle qui mène la danse. Ce qui est paradoxal, c'est qu'on ne sent pas non plus de sentiment amoureux naître entre eux deux; de la passion oui, mais en aucun cas de l'amour. Ils se jettent tellement vite dans les bras l'un de l'autre que c'est à se demander si ce n'est pas un moyen pour chacun d'échapper à une certaine solitude. Et maintenant, Vincent est de nouveau seul...
    J'aime beaucoup Léa, la fille de Vincent, qui n'est pas aussi naïve et innocente que le croit son père. Marianne, au contraire, me répugne. Il m'est arrivé d'avoir des frissons en lisant des passages sur elle et ses attitudes.
    Concernant l'écriture, j'ai été gênée par les nombreuses phrases nominales courtes qui donne un côté trop saccadé au texte. L'écriture aurait pu être plus fluide.
    Malgré le sujet de la rupture qui est au centre du livre, je trouve que c'est un roman très positif car Vincent assume sa tristesse et cherche immédiatement à s'en sortir. Il est très lucide sur son état mélancolique. C'est un roman qui fait du bien et qui prouve qu'on peut toujours se relever.

     

    Note

          La bête a repris possession de mon corps.
           Elle me cloue au lit.
           J'ai dû demander à ma secrétaire d'annuler mes rendez-vous. Mes patients attendront. Ils rament depuis des mois sur leurs problématiques, une séance en plus ou en moins ne changera pas la donne.
           Je regarde le plafond depuis vingt minutes. Plus de sève, plus de jus, plus d'envie. Cette fois, j'y suis. Je vais de plus en plus mal et le temps n'arrange rien.
           Deux mois que Marianne m'a planté.
           Pas un coup de fil, pas une lettre.
           Rien.
          Je ne l'ai pas relancée non plus. Je m'imagine mal me traîner à ses pieds, la supplier de revenir. Si elle me reprenait par pitié, ça nous mènerait où?
           Il va pourtant falloir que je réagisse. Je connais les signaux d'alarme de la dépression. Je les ai tous. Plus d'appétit, plus de désir, une fatigue constante et un ennui insondable.
           Pour ce qui est de l'ennui, je suis déjà prédisposé. Il me poursuit depuis l'enfance. Toute ma jeunesse, j'ai essayé de le combattre. En vain. Le monde me surprend très rarement et m'enthousiasme encore moins. D'après le pédopsy qui m'avait évalué à l'époque, je suis un surdoué contrarié.
           En clair, un branleur avec des facilités et une grosse lucidité sur les gens et les choses.


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  • Pardon

     

    Pardon

    Auteur : Erika Boyer
    Editeur : Lulu.com
    Année de parution : 2017
    Genre : romance
    Format : ebook
    Nombre de pages (en édition papier) : 242

    Pardon

    Tandis que le monde évolue et que la jeunesse fait preuve d'une plus grande ouverture d'esprit qu'avant, il reste tout de même des sujets dont il ne faut pas parler, des tabous qui ne sont pas prêts à être brisés. Mais quand l'inceste cache un amour inconditionnel, que deux âmes ont simplement eu la malchance de ne pas naître dans les bons corps, n'est-il pas envisageable d'accepter l'inacceptable?

    Will ne prendra pas le risque, il préférera partir à 600 km de sa sœur plutôt que de potentiellement l'entraîner dans sa déchéance. Reste à savoir si "loin des yeux, loin du cœur" est une réalité ou bien un proverbe menteur, et si Sarah acceptera de perdre son frère dans ce sacrifice amoureux.

    "Je ne veux pas tourner la page. J'aime ce livre dont nous sommes les héros."

    Pardon

    La première partie du roman traite de ce combat intérieur, de cette lutte que mène quotidiennement Will contre l'amour passionnel qu'il a pour sa sœur Sarah, contre le regard des autres (hors de questions qu'ils soupçonnent quelque chose!). Néanmoins, on sent que sans Sarah, Will ne vit pas vraiment. Elle est à la fois le poison et l'antidote. C'est vraiment très bien écrit, on compatit sincèrement à la détresse de Will, même si on ne peut cacher l'envie qu'une confrontation avec Sarah ait lieu; ce qui va arriver, bien évidemment.

    Les personnages de ce roman sont (presque) tous très attachants. J'aime beaucoup les scènes entre David et Will; ce sont deux garçons sensibles qui n'ont pas honte de pleurer et d'avoir des faiblesses. J'apprécie énormément Kelia. C'est une fille qui voudrait être forte et qui prend beaucoup sur elle; je pense qu'elle me ressemble un peu^^ La famille d'Achir, le propriétaire, est elle aussi adorable. On adorerait s'inviter à leurs repas conviviaux! J'ai un peu moins d'affection pour le personnage de Sarah dont je n'ai pas réussi à cerner complètement la personnalité. En revanche, Will est un héros abouti comme on en voit peu. On n'a qu'une envie : le prendre dans ses bras pour le rassurer.

    Concernant l'histoire, le récit est très fluide. On ne s'ennuie jamais. C'est agréable de se balader avec les personnages : la librairie Mollat, Angoulême et son festival, etc. J'ai trouvé la fin à la fois juste et cruelle. Bien sûr, tout le monde ne peut pas réagir de façon positive face à l'évocation de l'inceste... J'ai aimé que l'auteure ne développe pas trop les réactions de chacun et ne fasse pas de la fin quelque chose de dramatique. De manière générale, j'ai énormément apprécié que l'histoire ne foisonne pas de péripéties diverses qui n'apportent rien à l'intrigue. Ce roman parle de l'amour incestueux de Will; rien d'autre, et c'est très bien. Dernier point sympathique : l'illustration de couverture n'est pas là que pour faire joli : elle a un rapport avec l'histoire. Lequel? Vous ne le saurez qu'en lisant ce livre...

    "Pardon" est une jolie romance sur un sujet sensible. C'est un excellent premier roman avec des personnages forts, une plume agréable et un bel appel à la tolérance.

     

    Note

    Pardon

    Pardon

    - Tu crois au grand amour? me demanda-t-elle le regard rivé sur sa boisson.
           Est-ce que je croyais qu'on puisse aimer comme un fou, à en mourir, une seule personne jusqu'à la fin de notre vie? Oui, j'en étais même convaincu. Est-ce que cela résultait forcément sur du bonheur et une vie heureuse? Non, en aucun cas.
    - Qu'est-ce que tu entends par là exactement?
    - Qu'on puisse aimer follement une personne, qu'elle soit la bonne, celle sans qui notre vie n'aurait plus aucun sens. Ressentir ce désir de la posséder sans quoi on a l'impression de suffoquer... Ce genre-là.
    - Ouais, j'y crois.
           Comment aurait-ce pu être autrement alors que j'étais victime de ce grand amour? Parce que non, l'amour n'était pas forcément un don ou une joie. Dans mon cas, c'était une malédiction, une punition que je ne pensais pas avoir méritée.


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