• Libérez l'ours en vous

    Auteur : Carole Trébor
    Éditeur : Syros
    Année de parution : 2018
    Format : broché
    Thématique : théâtre, vie quotidienne
    Nombre de pages : 411
    Tranche d'âge : à partir de 12 ans

     Kolia nourrit un rêve depuis des années, celui de devenir comédien. La scène est le lieu où il se sent bien, lui qui a dû quitter brutalement la Russie, abandonnant tous ses repères. Lisa partage ce rêve, et elle sait mieux que personne combien il est difficile de croire en soi quand on n'est pas compris par ses parents.
    Ils ne sont pas les seuls du lycée pour qui le théâtre est l'espace de tous les possibles. Ce petit miracle s'accomplit grâce au regard aiguisé et bienveillant de Patricia, une femme à part, avec qui ils sont libres d'oser. Bien malgré elle, Patricia ne sera pas là cette année. Alors Kolia et les autres lui font cette promesse : The show must go on!

    Parce qu'il y a un ours qui bouillonne en vous, parce que c'est le moment où jamais de vous dépasser.

    Je tiens avant tout à remercier les éditions Syros d'avoir permis à quelques amoureux de littérature jeunesse de rencontrer plusieurs de leurs auteurs qui seront mis à l'honneur en ce début 2018. Carole Trébor était l'un de ces auteurs.

    Les personnages principaux de ce roman sont Kolia et Lisa, deux lycéens qui vouent une passion sans limite au théâtre. C'est même plus qu'une passion : une raison de vivre, un échappatoire, une ambition de carrière... Malheureusement, leurs parents respectifs ne le comprennent pas. Kolia vit une relation très tendue avec son père obnubilé par la grossesse de sa nouvelle femme, et les parents de Lisa semblent plus intéressés par les résidents de leur centre de réinsertion sociale que par la vie de leur trois filles. J'ai trouvé ce manque de communication parents/enfants extrêmement juste et très bien raconté par Carole Trébor. J'étais constamment révoltée par l'attitude du père de Kolia et nerveuse à chaque échange verbal. Les héros ne sont pas relégués au rang de simples adolescents en crise et les adultes sont loin de montrer l'exemple. Sur ce sujet, Carole Trébor a dit : "On écrit pour les ados parce qu'on les aime et qu'on les respecte. Mon idée, c'est de mettre de la joie et du possible dans des situations difficiles."

    Ces jeunes ne sont heureusement pas en guerre contre tous les adultes. En fait, ils portent une grande affection à leur professeur de théâtre, Patricia Valente. Cette relation forte est omniprésente et se ressent dans les échanges de mails et dans le désarroi qui habite tout le monde à l'annonce de l'absence de l'enseignante. Peut-être est-ce cette adulation qui va engendrer ces critiques acerbes et, à mon sens, injustifiées envers le remplaçant Christophe. Certes, Christophe est pointilleux alors que Kolia et ses camarades font du théâtre pour être libres et interpréter des rôles sans qu'on leur impose quoi que ce soit, mais j'ai vraiment détesté la haine que vomissait gratuitement le jeune acteur; ou bien c'est que je n'ai pas saisi l'origine de sa rancœur.

    Ayant pratiqué le théâtre pendant douze ans, les passages que j'ai préférés étaient ceux des répétitions et des échauffements. Je me suis revue avec mes anciens camarades en train de travailler ensemble et cela m'a donné le sourire. Il est évident que l'auteur connaissait son sujet. Le besoin viscéral qu'a la troupe de jouer pour évacuer toutes les frustrations quotidiennes se ressent à chaque chapitre, chaque description. Certes, certains passages sont confus car en plus de savoir reconnaître chaque membre de la troupe, on nous impose de connaître également les personnages de la pièce interprétée; mais la passion du théâtre est bien là et domine tout le livre. Et même s'il arrive aux acteurs de souvent douter, leur professeure bien-aimée et bienveillante reste présente, à l'autre bout du mail. Malgré son absence, c'est un personnage fort qui a une vraie présence et une importance cruciale dans l'histoire. J'ai aussi adoré l'importance des relations fraternelles : elles sont essentielles et toujours joyeuses dans la vie de Kolia et Lisa.

    Ce que je retiendrai de ce livre, c'est qu'il présente une histoire très humaine, avec des personnages bousculés qui ne rêvent que de vivre, d'exploser de joie et de bonheur. On sent que c'est le plus personnel des romans de Carole Trébor qui trouve encore le moyen d'introduire une référence à la Russie (une récurrence originale dans ses livres). C'est également un joli clin d’œil à son fils comédien.

     

    Note

           - Alors, je suis beau?
           - Magnifique! T'es paré pour t'inscrire au club handball du lycée avec Samia!
           - Quoi? Elle veut faire du hand cette année?
           - Oui, à la place du théâtre.
           - Ah! Merde...
         Il se laisse tomber sur le lit de Lisa, ses yeux noisette sont tristes, mais elle sait comment lui changer les idées.
           - Veux-tu qu'on fasse une lecture de la pièce que Patricia souhaite qu'on travaille pendant son absence? lui propose-t-elle, plein d'entrain.
           - Elle veut qu'on travaille sur une pièce?
           - Mais oui! T'es sérieux? Tu n'as pas lu son mail en entier ou quoi?
           - Non, soupire-t-il,je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, désolé, je... Sa maladie, ça m'a...
         Kolia se met à contempler le sol, et sa fragilité saute aux yeux de Lisa. Pour une fois, il ne se cache pas derrière ses talents d'animateur, capable de mettre l'ambiance partout où il passe. Lisa saisit son ordinateur : 
           - Tu t'es arrêté où? lui demande-t-elle calmement.
           - A la mauvaise nouvelle.
           - Ok, je te lis la suite, c'est important que tu entendes l'intégralité de son message.


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  • Save our souls, tome 1

    Auteur : Elle Guyon
    Editeur : Librinova
    Année de parution : 2017
    Format : ebook
    Genre/thématiques : young adulte
    Nombre de pages (de l'édition papier) : 259

    Sous une écharpe élimée et un blouson trop grand pour lui, Aldric s’obstine à cacher aux autres lycéens sa vie de marginal. Mais une succession de mauvais choix le précipite vers une issue fatale. Loin d’en avoir conscience, il agresse même la seule personne capable de modifier son avenir, la jeune Riane. Épaulée par son gardien, un immortel, celle-ci tente le tout pour le tout pour défier le destin et lui sauver la vie, car c’est la survie de sa propre âme qui est en jeu…

    Mais comment mener sa mission à bien quand celui que vous devez protéger se rebelle et quand votre allié vous cache des informations capitales ? Et si ce qui s’est passé il y a plus de trois cents ans était la clé de la réussite ? 

    Premier tome de la trilogie fantastique pour jeunes adultes Save Our Souls, Sans attache a été primé lors du concours d’écriture Librinova-Draftquest en 2017.

    Merci à Elle Guyon pour sa confiance via Simplement.pro

    Très honnêtement, je n'attendais pas grand chose de cette lecture. Je trouve que beaucoup de romans young-adult se ressemblent et, à la lecture du résumé de celui-ci, je doutais qu'il sorte son épingle du jeu. Ce fut plaisant de constater que j'avais complètement tort.

    Si on n'a pas le résumé en tête, le rôle de chacun peut paraître très flou au début du roman. En progressant, on réalise que tout ce mystère est délibéré. Quelle est la véritable fonction des immortels "gardiens"? Pourquoi ont-ils besoin d'un intermédiaire pour secourir les humains? Et Riane, qu'est-elle exactement? Pour répondre à ces questions, le récit est ponctué de flash back réguliers qui nous plongent dans le XVIIIe siècle à Londres; il semblerait s'être déroulé quelque chose de déterminant à cette époque; mais quoi? Il faudra être patient pour le savoir. Dans sa volonté de garder les secrets et d'attiser la curiosité des lecteurs, Elle Guyon se révèle extrêmement douée.
    En attendant de découvrir la vérité, nous suivons les aventures du ténébreux et fier Aldric, la "cible" de Riane. C'est un adolescent intrigant que j'ai pris plaisir à voir en action. J'avais peur que son quotidien de SDF soit survolé et stéréotypé mais il est plutôt bien décrit. Riane doit le sauver de la mort pour sauver son âme. Si au départ, elle est focalisée sur sa mission, les restes de son humanité la détourne peu à peu de son objectif. De leur côté, Jeremy et Gebrail forment un beau duo et j'aime plus particulièrement parcourir leur passé et me demande encore ce qui a pu leur arriver.
    Dommage que la fin du roman m'ait moins séduite avec les mésaventures de la jeune Léa, personnage stéréotypée de l'adolescente irréfléchie, irrespectueuse qui mérite des gifles.
    J'ai pourtant hâte de retrouver Riane, Aldric et les autres dans la suite de cette histoire car je me suis attachée à eux et la plume de l'auteure m'a vraiment séduite.

     

    Note

           Il était déjà vingt heures. La bibliothèque du lycée venait de fermer ses portes et ils étaient sans doute les derniers à traîner dans l'école, comme chaque soir. La bibliothèque était son endroit préféré, un îlot dans lequel il n'était plus bousculé ou agressé, mais juste entouré de livres, qu'il avait toujours aimés. Dire que vingt-six lettres suffisaient pour créer des morceaux d'éternité. C'était son repère, à lui seul, d'autant plus qu'à l'heure d'Internet et des ordinateurs portables, c'était désert.

           Et voilà qu'il y acceptait la présence d'un intrus. Ou plus précisément d'une intruse. Depuis le premier devoir qu'ils avaient effectué en duo, à contrecœur pour Aldric, Riane ne l'avait plus lâché. Elle avait continué à le rejoindre à la fin des cours pour travailler dans ces salles vides. C'était devenu petit à petit une routine qu'il avait tolérée sans avoir pris le temps de se poser la question et il en était aujourd'hui le premier surpris. Il avait l'impression désagréable de s'être fait piéger.

           Il se retourna vers la fenêtre qui donnait sur la rue. Il posa son front contre la vitre fraîche et regarda d'un œil distrait au-dehors. La lumière du couloir s'était éteinte et il n'alla pas la rallumer. Depuis ce matin, juste après le cours de maths, il traînait un mal de crâne persistant. Et il avait la sensation que tous ceux qu'il croisait se foutaient de sa gueule. Il soupira. Il était sans doute en train de devenir paranoïaque comme nombre de clochards qu'il avait vus finir complètement timbrés.


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  • Je voulais juste te dire...

    Concept : Emily Trunko
    Illustrations : Lisa Congdon
    Éditeur : Bayard
    Année de parution : 2017
    Format : broché
    Genres / thèmes : épistolaire
    Nombre de pages : 192
    Tranche d'âge : à partir de 14/15 ans

    Cher lecteur,

    - Aurais-tu aimé pouvoir dire à la fille qui t'a brisé le cœur que tu étais toujours amoureux d'elle?
    - T'es-tu déjà demandé pourquoi ton meilleur ami refusait de t'adresser la parole?
    - Aimerais-tu avoir l'occasion de remercier la personne qui a changé ta vie?

    Ce livre est tiré d'un Tumblr totalement addictif, Dear My Blank, qui a encouragé toute une communauté de personnes qui ne se connaissaient pas à partager leurs secrets, leurs chagrins d'amour, leurs regrets et leurs victoires à travers des milliers de lettres qui n'ont jamais été envoyées à leurs destinataires.
    Cette sélection de lettres offre une plongée intime dans la vie et le cœur d'inconnus.
    Un concentré d'émotions qui ne vous laissera pas indemne...

    J'ai de suite accroché au concept de ce livre, n'étant pas une personne franche et très loquace. Je n'ai pas eu le sentiment d'être dans le voyeurisme car je pense que la plupart des auteurs de ces lettres avaient besoin d'être lus, besoin qu'on connaisse leurs sentiments cachés.

    Les lettres sont classées en plusieurs thématiques : "cher moi-même", "cher monde", "amour", "amis", "famille", "cœur brisé", "amour sans retour", "trahison", "perte" et "merci". Certaines peuvent paraître redondantes et pourtant, il y a de subtiles différences. Il y a des déclarations de quelques mots, d'autres de plusieurs pages... Il y a un tel panel de situations et de styles d'écriture qu'on tombe forcément sur des lettres qui nous touchent plus particulièrement. La plupart n'étant signée que d'une initiale ou d'une périphrase, on peut aisément s'identifier à l'écrivain -ou pourquoi pas au destinataire.

    Pour ma part, j'ai eu le cœur serré tout le long de ma lecture. On partage tellement d'émotions avec les auteurs : l'amour, la tristesse, le regret, la rancœur, le bonheur, etc. La beauté des textes est dans le fond, non dans la forme.

    Il y a pourtant une recherche dans la mise en page; d'une part, par des dessins et motifs très simples, comme des gribouillages dans un carnet intime; ensuite par la variété des polices d'écriture qui donne une identité propre à chaque texte. Tout ceci fait de l'objet livre quelque chose d'également très joli.

    Voilà comment un concept simple peut bouleverser une lecture. J'aime ces textes bruts, nés de sentiments intenses. Si vous en êtes également adeptes, vous lirez ce livre d'une seule traite. Et une fois terminé, vous serez pris une irrépressible envie d'écrire à quelqu'un...

     

    Note

     

    Je voulais juste te dire... Je voulais juste te dire... Je voulais juste te dire...

     (cliquer sur les images pour voir en grand)


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  • Wonder Woman : Warbringer

     

    Auteur : Leigh Bardugo
    Éditeur : Bayard
    Année de parution : 2017
    Format : broché
    Genre/thématique : super héros
    Nombre de pages : 589
    Tranche d'âge : à partir de 14-15 ans

    Un jour, elle sera la plus grande superhéroïne de tous les temps : Wonder Woman. Mais elle n'est encore que Diana, 17 ans, princesse des Amazones. Quand un bateau explose au large de son île, Diana porte secours à la jeune Alia, bravant ainsi l'interdiction faite aux Amazones d'accueillir des humains parmi elles. Et Diana pourrait le payer d'autant plus cher qu'Alia est une Warbringer : descendante d'Hélène de Troie, elle fait souffler partout un vent de discorde. Ensemble, de New York à la Grèce, les deux jeunes filles vont pourtant tenter de contrer la malédiction qui pèse sur Alia.

    Le premier opus d'une fascinante saga littéraire sur l'apprentissage des plus célèbres superhéros

    Merci à l'équipe Babelio et aux éditions Bayard pour leur confiance.

     

    Je ne me suis jamais vraiment intéressée à Wonder Woman, la trouvant un peu ringarde dans les dessins animés de mon enfance avec sa grosse culotte à étoiles, et je trouvais ses pouvoirs en dessous de ceux de ses acolytes masculins.

    J'ai découvert, grâce à ce roman, une femme forte, courageuse, respectueuse, avec de vraies valeurs; tout ceci malgré le fait qu'elle n'est pas encore dans cette histoire la Wonder Woman connue de tous. Et malgré cela, malgré également son éducation sur une île surprotégée, elle est une adolescente comme les autres, complexée et à la recherche de sa place dans la communauté amazone. Je remercie d'ors et déjà Leigh Bardugo de m'avoir réconciliée avec le personnage.

    L'ambiance sur l'île de Thémyscira est captivante : le décor antique, les légendes, la droiture et les principes des Amazones... Pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre; je pense que c'est dû au fait qu'on est immédiatement plongé dans l'action, sans réelle présentation de l'héroïne. Le rythme du livre est un peu trop rapide au début. Par contre, c'est un plus pour la suite car je n'ai relevé aucun temps mort. Il y a beaucoup d'actions et de rebondissements. Même si Diana est quasiment invincible, on a peur pour ses compagnons mortels et fragiles. J'ai trouvé que le duo querelleur Nim/Théo fonctionne très bien. Certains échanges cinglants m'ont fait sourire. J'aurais aimé qu'Alia ait une personnalité un peu plus complexe, mais c'est un détail.

    Le mélange entre l'antique et le moderne est réussi avec cette omniprésence des Dieux et l'importance que les légendes ont dans la mission des adolescents. De manière générale, j'aime tout ce qui touche à la mythologie grecque et j'ai senti que le sujet était bien maîtrisé par l'auteure. Certains épisodes de New York m'ont moins passionnée, mais c'est vite effacé avec le départ pour la Grèce et tout ce qui va en découler...

    Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous-même cette histoire dynamique aux multiples rebondissements et son héroïne puissante et indomptable.

     

    Note :

          Elle venait d'échapper à la noyade et paraissait aussi solide qu'une brindille, mais elle déclinait poliment l'aide qu'on lui proposait. Voilà qui forçait le respect. Seulement, si elle mettait un point d'honneur à se débrouiller seule, elle n'allait sans doute pas apprécier la prochaine suggestion de Diana :
           - Grimpe sur mon dos.
           La jeune fille fronça les sourcils.
           - Hein? Pourquoi?
           - Parce que je doute que tu arrives à escalader la paroi.
           - Il n'y a pas de chemin?
           - Non, mentit Diana.
           Elle présenta son dos à la mortelle et lui fit signe de s'installer, ce qu'elle fit en silence. Diana saisit ses cuisses, rectifia sa position et déclara : 
           - Accroche-toi bien.
           Les bras de la jeune fille se contractèrent comme un étau autour de son cou.
           - Hé! Pas si fort! s'étrangla Diana.
           - Oups, fit l'autre en desserrant son étreinte. Pardon.
           Diana s'élança au petit trot.
           - Tu peux ralentir? lui demanda la fille. J'ai envie de vomir.
           - Vomir? répéta Diana, interdite.
           Elle passa mentalement en revue ce qu'elle savait des fonctions corporelles des humains. Tout à coup, cela lui revint.
           - Retiens-toi! s'exclama-t-elle en réduisant l'allure.
           - Ne me lâche pas! rétorqua la fille.
           - Ne t'en fais pas. Tu pèses à peu près aussi lourd qu'une paire de sandales.


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  • Le dernier train

     

    Auteur : Amélie Romarin
    Éditeur : Edilivre
    Année de parution : 2017
    Format : numérique
    Genre : romance
    Nombre de pages : 122
    Tranche d'âge : à partir de 15 ans

    (Rédigé par moi-même)

    Lindsay est une jeune femme belge qui décide brutalement de quitter le foyer familial et la Wallonie. Elle laisse derrière elle sa mère, sa sœur et son petit ami (devenu dès lors son ex) qui ont tous du mal à comprendre sa réaction.
    Fraîchement débarquée à Ostende, elle tente de trouver du travail et de mener une vie normale. Mais au cours d'une soirée autour d'un verre, un de ses nouveaux collègues se montre trop entreprenant. Un parfait inconnu va alors venir en aide à la jeune femme...

     Bienvenue en Belgique!  L'aventure de Lindsay se passe dans un contexte social et politique que l'auteure rappelle avec beaucoup d'humour : la guéguerre entre Wallons et Flamands. Ayant moi-même fait un court séjour à Bruxelles il y a peu, je peux affirmer que cette inimitié est bien ancrée dans le pays. Puisque l'héroïne de ce roman passe d'une région à l'autre, elle va être confrontée à ce clivage mais s'en sortir avec brio.
    Mais le sujet principal de ce roman est tout d'abord la recherche de soi. Ayant vécu des épreuves moralement difficiles, Lindsay étouffait dans son quotidien et a eu le besoin de s'échapper. Elle se retrouve seule dans une ville inconnue mais retombe vite sur ses pieds car elle refuse de se laisser aller et de dévoiler sa détresse émotionnelle. Cette partie de l'histoire, qui occupe la majeure partie du roman, est assez bien développée.
    Étonnamment, malgré sa volonté de se reconstruire, Lindsay tombe dans les bras d'un parfait inconnu quelques jours seulement après son exil. Elle va presque instantanément se confier à lui, et lui en fera de même. A partir de là, j'ai été déstabilisée : se laisser aller aussi vite avec quelqu'un qu'elle ne connaît pas ne me semble pas "logique" dans la ligne de conduite de Lindsay. Pour que cette rencontre ressemble à un coup de foudre ou un sauvetage affectif, il aurait fallu qu'on puisse accéder d'avantage aux pensées, aux émotions et à l'intimité des deux protagonistes. Or, on reste spectateurs jusqu'à la fin, malgré un récit écrit à la première personne. A un moment, Matthias sous-entend qu'il a des problèmes relationnels avec son père mais qu'il hésite à en dire plus pour ne pas donner l'impression que ses problèmes sont futiles; le fait d'en rester là donne au contraire ce sentiment de futilité. Dans la même lignée, l'histoire d'amour entre Matthias et Lindsay ne m'a malheureusement ni touchée ni émue car on ne nous expose jamais leur émotions (que ce soit la détresse dans laquelle ils étaient probablement avant leur rencontre ou le bienfait qu'elle leur procure).

    Pour un premier roman, "Le dernier train" est néanmoins intéressant car la plume de l'auteure est agréable et soignée, et la fin ouverte est une promesse de nouveau départ et de pardon pour l'héroïne.

     

    Note

           A mon réveil, il était 17h. Ma sœur avait répondu à mon message : "Contente que tout se passe bien pour toi. A tantôt". J'ai allumé mon ordinateur et j'ai ouvert Skype. Miracle! Ma sœur était connectée! Je l'ai appelée.
       - Salut, a-t-elle dit d'un ton maussade.
       - Hey! Comment tu vas? ai-je demandé sur un ton faussement enjoué, étant mal à l'aise vis-à-vis de son humeur.
       - A ton avis?
       - D'accord... Tu m'en veux, c'est ça?
       - J'aimerais te comprendre, je t'assure. Mais j'y arrive pas. T'avais la haine contre ton parrain quand il nous a bannis de sa vie mais tu réalises que tu fais la même chose là?

           Ouille. Gifle en pleine gueule. Que répondre à ça?

       - J'en ai besoin, Judith. Et, moi au moins, je donne de mes nouvelles. Et je reviendrai peut-être.
       - Oui mais tu ne donnes des nouvelles qu'à moi.
       - C'est mieux que rien, non?
       - Oui...

           C'était un "oui" qui voulait dire "non" en réalité. Je la voyais déjà me dire que je me trouvais des excuses, mais je ne m'en inventais pas! Je sais que c'est difficile à avaler et je ne m'attends pas à ce qu'on me comprenne. Mais j'en ai BESOIN!


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