• La clé d'Oriane

     

    Auteur : Leslie Héliade
    Éditeur : autoédition
    Année de parution : 2017
    Format : numérique
    Genre : fantastique, romance
    Nombre de pages : 190

    Oriane est une dessinatrice talentueuse. Elle tente de se remettre d'une rupture difficile en s'adonnant à sa passion, les jeux vidéo en ligne. Mais lorsque le héros sort de l'écran, le virtuel se mêle au réel, la fantasy à la science-fiction, et tout est bouleversé...

    Bien malgré elle, l’héroïne se trouve entraînée dans un thriller haletant qui fait hurler de rire à chaque page !

    Dès le résumé, on comprend que ce roman reprend un sujet maintes fois exploité : la rencontre et la romance entre un personnage fictif et un personnage réel. Je dois bien reconnaître que, de ce côté-ci, l'histoire et une partie des péripéties ne sont pas très originales. La singularité de ce roman se trouve néanmoins ailleurs : dans son héroïne.

    Malgré son allure et son côté un peu nonchalant, on apprécie Oriane dès les premières pages : cette geek gothique qui a oublié de vieillir brise tous les codes de l'héroïne type. Fraîchement larguée par un policier qui n'est vraiment pas montré sous son meilleur jour, elle se réfugie dans les BD et surtout dans son jeu vidéo en ligne. Enfin une héroïne geek! Une paresseuse qui se plaît de temps en temps à se lamenter sur son sort mais qui, l'instant d'après peut devenir hystérique si on la met en rage. Cela donne lieu à plusieurs scènes drôles.
    Bien qu'elle se réfugie constamment dans des mondes fictifs, Oriane a bien conscience qu'apercevoir dans sa chambre un personnage issu de son jeu vidéo est loin d'être normal. Passée la très longue période d'acceptation qui lui sera nécessaire, elle va aider Serrure, le fameux personnage, à comprendre ce qui lui arrive. Mais pas facile de faire équipe avec un voleur bavard qui ne connaît que les univers fantastiques : magie, quêtes, tavernes et trésors, etc. Et si elle racontait ce qui lui arrive à quelqu'un, elle passerait à coup sûr pour une folle... Que faire alors?

    J'ai apprécié cette drôle d'aventure, ses héros, les personnages secondaires et ce ton léger et animé qui court le long des pages. Même si l'histoire ne surprend pas beaucoup, l'ensemble est pétillant et agréable.

    Merci à Leslie Héliade de m'avoir fait confiance et de m'avoir offert ce chouette moment de lecture.

     

    Note

     

         - Tiens, ce sont des habitations, je suppose?
         Il s'était arrêté devant un immeuble haussmannien. La rue était résidentielle. Il n'y avait rien d'autre. Quelque chose avait attiré son regard, probablement une petite statue en plâtre qui décorait la façade.
         - Cela ne ressemble pas à nos maisonnettes en toit de chaume... C'est plus proche de nos villes du nord, là où les immeubles percent le ciel, et les bas-quartiers sont toujours dans l'obscurité... Non! Je sais! Ca ressemble à Simcity! J'ai beaucoup de culture, vous savez! J'ai pas mal voyagé, dans des univers parallèles. Final Fantasy, Crash Bandicoot... Mais je n'ai jamais rien vu qui ressemble à vos résidences... Vous voyagez, parfois?
         - Pas souvent, non...
         Ils se remirent en chemin. Il avait les mains dans les poches et suivait la jeune femme, tranquillement.
         - C'est dommage. Ça ouvre l'esprit! L'été dernier, j'ai fait du surf sur les plages de Super Mario Bros et l'année prochaine, je pensais skier sur les pentes de Donkey Kong.
         Oriane restait silencieuse. Elle gardait son sang-froid, continuant son chemin en direction du poste de police le plus proche.
         - Mais je ne suis pas fou, hein! J'aime voir le monde, mais il y a des endroits où je ne mets pas les pieds. Assassins's Creed, par exemple...


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  • Shelton & Felter, tome 1

     

    Dessin / Scénario : Jacques Lamontagne
    Couleurs : Scarlett Smulkowski
    Éditeur : Kennes
    Année de parution : 2017
    Genre : BD adulte
    Nombre de pages : 56

    Boston, États-Unis, 1924. Isaac Shelton est un ex-boxeur, jeune journaliste à la plume encore mal dégrossie, qui traque le fait divers à la recherche du scoop qui pourrait booster sa carrière. Thomas Felter est quant à lui un libraire d'un certain âge, vivant seul avec ses chats, grand amateur de littérature policière et qui a aiguisé à travers ses lectures un esprit analytique hors du commun. Quand Shelton rencontre Felter, le premier convainc le second de l'aider à résoudre les grands mystères de la ville, ce qui lui permettra de pondre l'article qui fera de lui un journaliste reconnu.

    Le duo d'apprentis détectives présenté dans cette nouvelle série BD reprend des schémas très classiques : Thomas Felter est "la tête" : un petit libraire aux journées réglées comme du papier à musique, hypocondriaque et esclave de ses nombreux chats; Isaac Shelton est "les muscles" : ancien boxeur reconverti dans le journalisme, dont les fins de mois sont des plus compliquées. J'ai tout de même un petit coup de cœur pour Felter et ses petites manies. Shelton a une personnalité plus classique et on connaît peu de choses sur lui pour le moment; à mon sens, c'est le moins légitime des deux enquêteurs, même si sa motivation pour écrire un brillant article n'est plus à prouver.

    Habituellement, je ne suis pas attirée par les livres policiers, mais j'avais envie de lire quelque chose qui sorte de mes genres de prédilection.
    L'histoire se passe dans les Etats-Unis des années 20, en plein milieu de la Prohibition (interdiction de vendre de l'alcool). Ce contexte est habilement exploité dans la BD, ainsi qu'un événement historique moins connu mais pourtant avéré : l'inondation de la mélasse à Boston en 1919. Toutes ces vraies anecdotes brillamment utilisées donnent naissance à une enquête solide et palpitante qui tient en haleine du début jusqu'à la fin. Certaines planches font croire qu'on pourrait basculer dans le fantastique mais il n'en est rien (dans cette première affaire en tout cas). Je n'ai vraiment pas vu le temps passer durant ma lecture et j'ai hâte de retrouver prochainement nos deux héros.

    Un cahier graphique est disponible à la fin de la BD avec différentes anecdotes sur la création de la BD et les nombreux déboires qu'a subit Jacques Lamontagne. Vous pourrez également admirer la splendide couverture qu'il a colorisée, mais finalement abandonnée car trop en décalage avec la technique de coloration des planches de Scarlett Smulkowski.

    Cette BD est une belle surprise et un coup de cœur! J'espère que la suite sera tout aussi réussie.

     

    Note

    Shelton & Felter, tome 1

    (cliquer sur l'image pour voir en grand)


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  • Warcraft : Durotan

     

    Auteur : Christie Golden
    Éditeur : Panini Books
    Collection : Warcraft
    Année de parution : 2016
    Format : poche
    Genre : fantasy
    Nombre de pages : 320

    Dans le monde de Draenor, le clan des Loups-de-givre, fort et farouchement indépendant, doit affronter des hivers de plus en plus rigoureux alors que le gibier se fait de plus en plus rare. Lorsque Gul'dan, un mystérieux étranger, demande à voir Durotan, le chef du clan, pour lui proposer de nouveaux territoires de chasse, les orcs doivent prendre une décision pénible : renoncer à leurs demeures, leurs traditions et leur honneur ou faire un bond dans l'inconnu.

    Un récit inédit de survie, de conflits et de magie se déroulant juste avant les événements de Warcraft.

     Petite précision avant de commencer ma chronique : je ne suis pas une joueuse de World of Warcraft; les seuls détails que j'en connaisse sont ceux livrés par le film sorti en 2016.

     Au début du film produit par Legendary et Universal, on découvre un orc noble et robuste : Durotan. Il est chef des Loups-de-givre, l'un des nombreux clans de la Horde dirigée par le terrible sorcier Gul'dan.
    Comment en est-on arrivé là?

    Le livre Warcraft : Durotan remonte plusieurs années avant, lorsque les Loups-de-givre étaient menés Garad, le père de Durotan. On est de suite imprégné de l'ambiance du clan orc et de ses valeurs : la loyauté, l'honneur, le respect de toute vie. Les parties de chasse sont palpitantes et fougueuses, et on sent l'esprit de famille qui règne parmi tous les membres. Chacun est indispensable : Durotan le meneur, Orgrim l'ami loyal, Draka la survivante, Drek'Thar le chaman aux précieuses prophéties, Geyah la sage, etc. A l'inverse, Gul'dan inspire le danger et la mort dès sa première apparition. L'auteure arrive à créer différentes ambiances dans chaque scène avec une facilité déconcertante. C'est un vrai régal!
    Les conditions de survie des Loups-de-givre sont de plus en plus précaires et ils sont touchés par une multitude de malheurs. Si cela démontre leur courage indéfectible, cela devient néanmoins répétitif sur la fin. Malgré cela et le fait qu'on connaisse déjà l'issu du roman, c'est une aventure qui se dévore. En dépit de leur physique abject et leur allure brutale, les orcs, en particulier les Loups-de-givre, sont des créatures avec de vraies valeurs qui peuvent aisément avoir un rôle de héros. On prendre plaisir à en apprendre d'avantage sur eux et leur passé.

    Le lire est compréhensible et abordable même pour ceux qui n'ont pas vu le film.

     

    Note

     

           - Tout cela ne me plaît pas, fit une voix grave et rocailleuse à l'oreille de Durotan.
          C'était celle de Drek'Thar. Maintenant, ses cheveux étaient presque entièrement blancs, mais son corps était toujours aussi robuste, et sa posture aussi droite et imposante que le nouveau venu était courbé.
           - Des ombres s'accrochent à cet orc. La mort chemine derrière lui.
         Durotan examina les crânes accrochés au bâton de Gul'dan et ceux qui étaient empalés sur les pointes hérissant de son manteau. N'importe qui aurait pu faire ce commentaire à la vue des ossements glorifiés qui ornaient le costume de l'orc, or le chaman était aveugle : il voyait la mort, lui aussi, mais pas de la même façon.
           Durotan réprima un frisson.
          - En hiver, les ombres sont longues sur les collines, et j'ai moi-même laissé entrer la mort aujourd'hui. Pourtant, ça n'en fait pas un mauvais présage pour autant, Drek'Thar. Tu peux aussi bien dire que la vie l'accompagne, lui qui a la peau verte.
           - C'est vrai, convint le chaman, le vert est la couleur du printemps... mais mes sens ne perçoivent rien en lui qui annonce un quelconque renouveau.
           - Écoutons ce qu'il a à nous dire avant de décider si sa venue annonce la vie, la mort ou rien du tout.
           Drek'Thar gloussa :
           - Tes yeux sont trop éblouis par la bannière des pourparlers pour te permettre d'y voir clair, mon jeune ami. En temps voulu, ils se dessilleront, et j'espère que ceux de ton père feront de même.


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  • Le dernier train

     

    Auteur : Amélie Romarin
    Éditeur : Edilivre
    Année de parution : 2017
    Format : numérique
    Genre : romance
    Nombre de pages : 122
    Tranche d'âge : à partir de 15 ans

    (Rédigé par moi-même)

    Lindsay est une jeune femme belge qui décide brutalement de quitter le foyer familial et la Wallonie. Elle laisse derrière elle sa mère, sa sœur et son petit ami (devenu dès lors son ex) qui ont tous du mal à comprendre sa réaction.
    Fraîchement débarquée à Ostende, elle tente de trouver du travail et de mener une vie normale. Mais au cours d'une soirée autour d'un verre, un de ses nouveaux collègues se montre trop entreprenant. Un parfait inconnu va alors venir en aide à la jeune femme...

     Bienvenue en Belgique!  L'aventure de Lindsay se passe dans un contexte social et politique que l'auteure rappelle avec beaucoup d'humour : la guéguerre entre Wallons et Flamands. Ayant moi-même fait un court séjour à Bruxelles il y a peu, je peux affirmer que cette inimitié est bien ancrée dans le pays. Puisque l'héroïne de ce roman passe d'une région à l'autre, elle va être confrontée à ce clivage mais s'en sortir avec brio.
    Mais le sujet principal de ce roman est tout d'abord la recherche de soi. Ayant vécu des épreuves moralement difficiles, Lindsay étouffait dans son quotidien et a eu le besoin de s'échapper. Elle se retrouve seule dans une ville inconnue mais retombe vite sur ses pieds car elle refuse de se laisser aller et de dévoiler sa détresse émotionnelle. Cette partie de l'histoire, qui occupe la majeure partie du roman, est assez bien développée.
    Étonnamment, malgré sa volonté de se reconstruire, Lindsay tombe dans les bras d'un parfait inconnu quelques jours seulement après son exil. Elle va presque instantanément se confier à lui, et lui en fera de même. A partir de là, j'ai été déstabilisée : se laisser aller aussi vite avec quelqu'un qu'elle ne connaît pas ne me semble pas "logique" dans la ligne de conduite de Lindsay. Pour que cette rencontre ressemble à un coup de foudre ou un sauvetage affectif, il aurait fallu qu'on puisse accéder d'avantage aux pensées, aux émotions et à l'intimité des deux protagonistes. Or, on reste spectateurs jusqu'à la fin, malgré un récit écrit à la première personne. A un moment, Matthias sous-entend qu'il a des problèmes relationnels avec son père mais qu'il hésite à en dire plus pour ne pas donner l'impression que ses problèmes sont futiles; le fait d'en rester là donne au contraire ce sentiment de futilité. Dans la même lignée, l'histoire d'amour entre Matthias et Lindsay ne m'a malheureusement ni touchée ni émue car on ne nous expose jamais leur émotions (que ce soit la détresse dans laquelle ils étaient probablement avant leur rencontre ou le bienfait qu'elle leur procure).

    Pour un premier roman, "Le dernier train" est néanmoins intéressant car la plume de l'auteure est agréable et soignée, et la fin ouverte est une promesse de nouveau départ et de pardon pour l'héroïne.

     

    Note

           A mon réveil, il était 17h. Ma sœur avait répondu à mon message : "Contente que tout se passe bien pour toi. A tantôt". J'ai allumé mon ordinateur et j'ai ouvert Skype. Miracle! Ma sœur était connectée! Je l'ai appelée.
       - Salut, a-t-elle dit d'un ton maussade.
       - Hey! Comment tu vas? ai-je demandé sur un ton faussement enjoué, étant mal à l'aise vis-à-vis de son humeur.
       - A ton avis?
       - D'accord... Tu m'en veux, c'est ça?
       - J'aimerais te comprendre, je t'assure. Mais j'y arrive pas. T'avais la haine contre ton parrain quand il nous a bannis de sa vie mais tu réalises que tu fais la même chose là?

           Ouille. Gifle en pleine gueule. Que répondre à ça?

       - J'en ai besoin, Judith. Et, moi au moins, je donne de mes nouvelles. Et je reviendrai peut-être.
       - Oui mais tu ne donnes des nouvelles qu'à moi.
       - C'est mieux que rien, non?
       - Oui...

           C'était un "oui" qui voulait dire "non" en réalité. Je la voyais déjà me dire que je me trouvais des excuses, mais je ne m'en inventais pas! Je sais que c'est difficile à avaler et je ne m'attends pas à ce qu'on me comprenne. Mais j'en ai BESOIN!


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  • La maison des reflets

     

    Auteur : Camille Brissot
    Éditeur : Syros
    Année de parution : 2017
    Format : broché
    Genre : science-fiction
    Nombre de pages : 352
    Tranche d'âge : à partir de 15 ans

    Depuis 2022, les Maisons de départ ressuscitent les morts grâce à des reflets en quatre dimensions qui reproduisent à la perfection le physique, le caractère, et le petit je-ne-sais-quoi qui appartient à chacun. Les visiteurs affluent dans les salons et le parc du manoir Edelweiss, la plus célèbre des Maisons de départ, pour passer du temps avec ceux qu'ils aimaient. Daniel a grandi entre ces murs, ses meilleurs amis sont des reflets. Jusqu'à ce qu'il rencontre Violette, une fille imprévisible et lumineuse... Bien vivante.

     Voilà un livre qui aborde un sujet délicat qui touche la sensibilité de chaque lecteur : la mort.

    Daniel est un adolescent qui la contemple tous les jours : son père est propriétaire d'une maison de départ. Il "vit" donc avec sa mère morte, son grand-père mort, et ses meilleurs amis sont des reflets qu'il n'a même jamais connus de leur vivant puisqu'il n'est jamais allé au-delà des frontières de la demeure. Glauque, n'est-ce pas? Cette ambiance malsaine et fascinante à la fois enveloppe tout le roman et finit d'installer le décor. J'avais parfois l'impression d'être dans une histoire de Tim Burton. Je trouve d'ailleurs que l'histoire se prête plus à un univers steampunk que futuriste, mais c'est un détail.

    Malgré son contexte familial particulier, Daniel est un adolescent comme les autres : à la fois sensible et révolté, rancunier envers un père dévoué à son travail. Rencontrer Violette lui fait voir le monde sous un jour nouveau. Elle est douce, rêveuse et franche; un personnage qu'on apprécie très vite et qui va évidemment obnubiler le jeune homme. Pourtant, mon personnage favori est indéniablement Madame Elia, la gouvernante stricte mais bienveillante. C'est également la seule qui est contre les maisons de départ et les reflets.

    Par la suite, on a un peu de mal à comprendre dans quelle direction l'auteur veut nous emmener : entre les conversations épistolaires avec Violette, les péripéties dans la maison et les secrets qu'on cache à Daniel depuis toujours, on ne sait pas exactement quel est le fil conducteur de l'histoire. Les lettres échangées prennent finalement le dessus sur le reste aux deux tiers du roman. Malheureusement, le mystère qui se cache dessous se devine à des kilomètres. Malgré l'ambiance particulière que j'ai vite appréciée, le reste du roman n'offre pas beaucoup de surprises ou de rebondissements.

    Le sujet reste des plus intéressants et suscite énormément de débats. Si vos proches décédés pouvaient "reprendre vie" sous forme de reflet, tenteriez-vous l'expérience?

     

    Note

     

           La pièce se transforme, les cloisons s'effacent, la luminosité fluctue. Je suis au centre d'un antique cirque romain, dans un pays écrasé par le soleil. A quelques mètres de là, la mer lèche la plage dans un doux clapotis. Mes yeux s'attachent au vol gracieux d'une mouette. Non, trop estival pour mon humeur. Mon index glisse sur l'écran, sélectionne un autre décor. La mer disparaît, remplacée par une nuit sans fin. Au-dessus de moi, les étoiles dessinent des constellations que je tente de reconnaître. Il n'y a plus d'autre bruit que celui du vent qui effleure les hautes herbes de la lande alentour. Je m'assieds sur la première marche des gradins, transformés en un cercle de pierres inspiré de ruines celtiques, et je prononce à haute voix plusieurs noms : Elliott, Mona et Matthias.
           Elliott est le premier à se montrer. Sa silhouette fluette se découpe en ombre chinoise sur la toile nocturne, en haut de l'amphithéâtre.
         - Salut, Dan!
         - Salut, mec.
           Sa voix me paraît plus enfantine que d'habitude. Il est vêtu d'un jean trop large pour lui et d'un tee-shirt rayé. Sa peau semble encore plus pâle à la lueur des étoiles. Il m'adresse un large sourire, dévoilant ses dents du bonheur, descend les marches et se laisse glisser dans l'herbe.
           Elliott avait huit ans quand il est mort, renversé par un chauffard sur le chemin de l'école. Je me souviens de la joie que j'ai éprouvée lorsque mon père a créé son reflet... C'était la première fois que je me  retrouvais quelqu'un de mon âge. On est tout de suite devenus les meilleurs amis du monde.


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